DS du lundi 22 novembre

On remarque aisément qu'une affection cordiale met tout en communauté entre amis ; et que des époux, en particulier, perdent l'un et l'autre leur propriété et ne connaissent plus le tien et le mien qui sont si nécessaires et qui pourtant causent tant de trouble dans la société humaine. Le même effet résulte d'un changement des circonstances où vivent les hommes ; quand par exemple il y a une assez grande abondance d'un bien pour contenter tous les désirs des hommes ; dans ce cas disparaît complètement toute distinction de propriété et tout demeure en commun. Nous pouvons observer cette situation pour l'air et l'eau, qui sont pourtant les plus estimables des objets extérieurs ; et nous pouvons aisément conclure que si les hommes étaient fournis, en même abondance, de tous les biens ou si chacun avait pour autrui la même affection et la même attention tendre que pour soi-même, la justice et l'injustice seraient également inconnues des hommes.
        Voici donc une proposition qu'on peut, à mon avis, regarder comme certaine : c'est uniquement de l'égoïsme de l'homme et de sa générosité limitée, en liaison avec la parcimonie avec laquelle la nature a pourvu à la satisfaction de ses besoins, que la justice tire son origine.

David Hume (1711-1776)


Consignes de travail :
       1) Relever et analyser la fonction des connecteurs logiques ;
       2) Relever les concepts du texte et justifier ce choix (pour quelle raison ai-je décidé que tel terme ou telle locution est concept dans ce texte ?) ;
       3) Préciser le thème du texte ;
       4) Relever les oppositions conceptuelles ;
       5) Dégager l'idée principale du texte (la thèse) ;
       6) Énoncer la problématique (alternative donnant lieu à disputatio) ;
       7) Donner l'articulation logique du texte et justifier ce découpage.


Corrigé : préparation de l'explication du texte.

Thème du texte : Pourquoi les hommes ont-ils instauré des lois qui entravent leur liberté naturelle ? Quelle est l'origine du droit, qu'est-ce qui rend nécessaire l'établissement de lois communes au sein de la société ?

Thèse du texte : La justice corrige les inégalités de fait : elle tire son origine du fait que l'homma est égoïste, qu'il place ses intérêts personnels avant ceux d'autrui, fait redoublé par la parcimonie de la nature.

Problématique et enjeux : La thèse de Hume fait apparaître une vision pragmatiste de la justice. Mais la justice ne vise-t-elle qu'à garantir l'intérêt de chacun ? Est-elle essentiellement fondée sur l'égoïsme individuel ? Ne vise-t-elle pas plutôt à protéger un intérêt commun par lequel chacun est avantagé dans la mesure où il accepte, par l'exercice de la raison, la nécessité du droit positif. Sur quelle exigence morale peut-on fonder un tel accord ?

Oppositions conceptuelles : droit positif/droit naturel ; intérêt individuel privé/intérêt commun ; abondance de biens communs/rareté ; altruisme, générosité/égoïsme.

1ère partie : Lorsque l'homme aime son prochain, pas besoin d'instaurer la propriété privée.
On remarque aisément qu'une affection cordiale met tout en communauté entre amis ; et que des époux, en particulier, perdent l'un et l'autre leur propriété et ne connaissent plus le tien et le mien qui sont si nécessaires et qui pourtant causent tant de trouble dans la société humaine.


2ème partie : Si la nature est assez généreuse, si tous peuvent trouver satisfaction sans difficulté, la propriété n'a pas lieu d'être. Si les biens étaient communs, pas d'inégalité ⇒ les notions de justice et d'injustice n'existeraient pas.
Le même effet résulte d'un changement des circonstances où vivent les hommes ; quand par exemple il y a une assez grande abondance d'un bien pour contenter tous les désirs des hommes ; dans ce cas disparaît complètement toute distinction de propriété et tout demeure en commun. Nous pouvons observer cette situation pour l'air et l'eau, qui sont pourtant les plus estimables des objets extérieurs ; et nous pouvons aisément conclure que si les hommes étaient fournis, en même abondance, de tous les biens ou si chacun avait pour autrui la même affection et la même attention tendre que pour soi-même, la justice et l'injustice seraient également inconnues des hommes.


3ème partie : Mais l'homme n'est pas altruiste, ni la nature "bonne mère" : conclusion de l'extrait qui est aussi la thése défendue par Hume ici.
Voici donc une proposition qu'on peut, à mon avis, regarder comme certaine : c'est uniquement de l'égoïsme de l'homme et de sa générosité limitée, en liaison avec la parcimonie avec laquelle la nature a pourvu à la satisfaction de ses besoins, que la justice tire son origine.


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