DS du mardi 23 novembre

Nous ne pouvons former aucun désir qui ne se réfère pas à la société. La parfaite solitude est peut-être la plus grande punition que nous puissions souffrir. Tout plaisir est languissant quand nous en jouissons hors de toute compagnie, et toute peine devient plus cruelle et plus intolérable. Quelles que soient les autres passions qui nous animent, orgueil, ambition, avarice, curiosité, désir de vengeance ou luxure, leur âme, le principe de toutes, c'est la sympathie ; elles n'auraient aucune force, si nous devions les dégager entièrement des pensées et des sentiments d'autrui. Faites que tous les pouvoirs et tous les éléments de la nature s'unissent pour servir un seul homme et pour lut obéir : faites que le soleil se lève et se couche à son commandement ; que la mer et les fleuves coulent à son gré ; que la terre lui fournisse spontanément tout ce qui peut lui être utile ou agréable ; il sera toujours misérable tant que vous ne lui aurez pas donné au moins une personne avec qui il puisse partager son bonheur et de l'estime et de l'amitié de qui il puisse jouir.

David Hume (1711-1776)


Consignes de travail :
       1) Relever et analyser la fonction des connecteurs logiques ;
       2) Relever les concepts du texte et justifier ce choix (pour quelle raison ai-je décidé que tel terme ou telle locution est concept dans ce texte ?) ;
       3) Préciser le thème du texte ;
       4) Relever les oppositions conceptuelles ;
       5) Dégager l'idée principale du texte (la thèse) ;
       6) Énoncer la problématique (alternative donnant lieu à disputatio) ;
       7) Donner l'articulation logique du texte et justifier ce découpage.


Corrigé : préparation de l'explication du texte.

Thème du texte : Est-il possible d'avoir des désirs qui se ne rapportent qu'à nous ?

Thèse du texte : Le désir ne se construit que dans son rapport à l'autre, le bonheur n'existe que s'il est partagé ⇒ l'amitié est la condition pour jouir pleinement de la satisfaction de ses désirs. Autrui est celui qui rend mon bonheur possible.

Problématique et enjeux : Enjeux moraux concernant l'amitié : comme philosophe empiriste, Hume pense qu'il ne peut y avoir constitution du Moi que grâce à l'expérience, à partir du contact avec la réalité, d'où le lien intrinsèque entre le désir (et le bonheur) et la société. Pour lui, l'existence d'un ami est la condition nécessaire du bonheur, et non pas, comme le croit l'opinion, le fait de partager les mêmes joies, qui crée le lien d'amitié. Mais cette amitié remplit une fonction, elle est intéressée. N'existe-t-il pas un autre type d'amitié visant le bien moral où l'ami ne serait pas un moyen pour une fin extérieure à lui ?

Oppositions conceptuelles : plaisir/bonheur ; société/solitude ; amitié/solitude.

1ère partie : Présupposé de Hume: le désir se réfère toujours à la société, toutes les passions se développent au contact d'autrui. Leur force est relative à autrui.
Nous ne pouvons former aucun désir qui ne se réfère pas à la société. La parfaite solitude est peut-être la plus grande punition que nous puissions souffrir. Tout plaisir est languissant quand nous en jouissons hors de toute compagnie, et toute peine devient plus cruelle et plus intolérable.
Quelles que soient les autres passions qui nous animent, orgueil, ambition, avarice, curiosité, désir de vengeance ou luxure, leur âme, le principe de toutes, c'est la sympathie ; elles n'auraient aucune force, si nous devions les dégager entièrement des pensées et des sentiments d'autrui.


2ème partie : Même la possession des objets les plus désirés laisse l'homme dans l'insatisfaction s'il demeure seul.
Faites que tous les pouvoirs et tous les éléments de la nature s'unissent pour servir un seul homme et pour lui obéir : faites que le soleil se lève et se couche à son commandement ; que la mer et les fleuves coulent à son gré ; que la terre lui fournisse spontanément tout ce qui peut lui être utile ou agréable ; il sera toujours misérable tant que vous ne lui aurez pas donné au moins une personne avec qui il puisse partager son bonheur et de l'estime et de l'amitié de qui il puisse jouir.


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