DS du jeudi 18 novembre
L'inclination, la tendance au bonheur de leur nature est pour les hommes une obligation et une raison de prendre soin de ne pas se tromper de bonheur ni de le manquer ; elles les engagent donc nécessairement à la circonspection, à la délibération et à la prudence dans la conduite des actions particulières qui sont les moyens d'obtenir ce bonheur. Quelle que soit la nécessité déterminant à la poursuite du bonheur authentique, la même nécessité, dotée de la même force, établit la suspension, la délibération et la circonspection envers tout désir qui se présente : le satisfaire, n'est-ce pas interférer avec notre vrai bonheur et nous en détourner ? Ceci me semble être le grand privilège des êtres raisonnables ; et je voudrais qu'on se demande sérieusement si la source et la mise en œuvre majeures de toute la liberté qu'ont les hommes, qu'ils peuvent acquérir, ou qui peut leur être utile, et dont dépend la tournure de leurs actions, ne résident pas en ce qu'ils peuvent suspendre leur désir, et les empêcher de déterminer leur volonté à une action jusqu'à ce qu'ils aient soigneusement et correctement examiné le bien et le mal, autant que l'exige l'importance de la chose. Ceci, nous sommes capables ; et quand nous l'avons fait, nous avons fait notre devoir, tout ce qui est en notre pouvoir, et tout ce qui est effectivement nécessaire.
John Locke (1632-1704).
Corrigé : préparation de l'explication du texte.
Thème du texte : Relation entre liberté/devoir/bonheur ; distinction bonheur authentique/bonheur illusoire.
Thèse du texte : La nécessité (élan inné) à vouloir être heureux ne doit pas se confondre avec la satisfaction du désir. Le véritable bonheur ne s'obtient que lorsqu'on suspend ses désirs pour se déterminer uniquement par sa volonté après un examen du bien et du mal. La suspension des désirs n'est pas seulement une règle de prudence pour être heureux, mais c'est la condition du bonheur.
Problématique et enjeux : Si en théorie vertu et bonheur se confondent, leur association n'est pas automatique en pratique. Le bien n'est pas ce que vise l'action morale, mais ce qui la commande (Kant). Bonheur et vertu ne se confondent que sous la forme d'un idéal créé par la raison, ce qui est une croyance entretenue par la religion. Si considérer le bonheur comme une fin à atteindre (et non comme une réalité à obtenir immédiatement) nous rend plus libres et fait de nous des êtres moraux, il est nécessaire de s'interroger sur cette morale.
Oppositions conceptuelles : bonheur authentique/bonheur illusoire ; satisfaction immédiate du désir/suspension, délibération en son for intérieur ; bien/mal.
1ère partie : La tendance au bonheur est innée, mais → distinction bonheur authentique/bonheur illusoire.
L'inclination, la tendance au bonheur de leur nature est pour les hommes une obligation et une raison de prendre soin de ne pas se tromper de bonheur ni de le manquer ; elles les engagent donc nécessairement à la circonspection, à la délibération et à la prudence dans la conduite des actions particulières qui sont les moyens d'obtenir ce bonheur.
2ème partie : Le bonheur illusoire (satisfaction de ses désirs) constitue une entrave au bonheur.
Quelle que soit la nécessité déterminant à la poursuite du bonheur authentique, la même nécessité, dotée de la même force, établit la suspension, la délibération et la circonspection envers tout désir qui se présente : le satisfaire, n'est-ce pas interférer avec notre vrai bonheur et nous en détourner ?
3ème partie : L'homme libre est celui qui, par sa raison, est capable de suspendre ses désirs. L'usage de la raison répond toujours à la même nécessité : la recherche du bonheur. La volonté autonome, déterminée par la raison, permet à l'homme de faire son devoir : le bonheur se confond avec le bien en tant que valeur morale.
Ceci me semble être le grand privilège des êtres raisonnables ; et je voudrais qu'on se demande sérieusement si la source et la mise en œuvre majeures de toute la liberté qu'ont les hommes, qu'ils peuvent acquérir, ou qui peut leur être utile, et dont dépend la tournure de leurs actions, ne résident pas en ce qu'ils peuvent suspendre leur désir, et les empêcher de déterminer leur volonté à une action jusqu'à ce qu'ils aient soigneusement et correctement examiné le bien et le mal, autant que l'exige l'importance de la chose. Ceci, nous sommes capables ; et quand nous l'avons fait, nous avons fait notre devoir, tout ce qui est en notre pouvoir, et tout ce qui est effectivement nécessaire.