DS du jeudi 4 novembre 2010

Il semble qu'on puisse affirmer que l'homme ne saurait rien de la liberté intérieure s'il n'avait d'abord expérimenté une liberté qui soit une réalité tangible dans le monde. Nous prenons conscience d'abord de la liberté ou de son contraire dans notre commerce avec d'autres, non dans le commerce avec nous-mêmes. Avant de devenir un attribut de la pensée ou une qualité de la volonté, la liberté a été comprise comme le statut de l'homme libre, qui lui permettrait de se déplacer, de sortir de son foyer, d'aller dans le monde et de rencontrer d'autres gens en actes et en paroles. Il est clair que cette liberté était précédée par la libération : pour être libre, l'homme doit s'être libéré des nécessités de la vie. Mais le statut d'homme libre ne découlait pas automatiquement de l'acte de libération. Être libre exigeait, outre la simple libération, la compagnie d'autres hommes, dont la situation était la même, et demandait un espace public commun où les rencontrer — un homme politiquement organisé, en d'autres termes, où chacun des hommes libres pût s'insérer par la parole et par l'action.

Hannah Arendt (1906-1975).


Consignes de travail :
       1) Relever et analyser la fonction des connecteurs logiques ;
       2) Relever les concepts du texte et justifier ce choix (pour quelle raison ai-je décidé que tel terme ou telle locution est concept dans ce texte ?) ;
       3) Préciser le thème du texte ;
       4) Relever les oppositions conceptuelles ;
       5) Dégager l'idée principale du texte (la thèse) ;
       6) Énoncer la problématique (alternative donnant lieu à disputatio) ;
       7) Donner l'articulation logique du texte et justifier ce découpage.


Corrigé : préparation de l'explication du texte.

Thème du texte : Comment devient-on libre ? Généalogie de la liberté.

Thèse du texte : Interdépendance entre la liberté et la politique : l'espace politique garantit par les lois la préservation du statut d'homme libre (citoyen). La conscience de la liberté ne se fait que sous forme publique et non pas sous forme strictement personnelle. Être libre, c'est agir librement ; seule une organisation politique de la vie sociale peut garantir la préservation de la liberté, qui est toujours à reconquérir par l'action.

Problématique et enjeux : Quels sont les différents domaines de la liberté, et quels sont les liens entre eux ? Si la politique est en droit l'instrument de la libération de l'individu, elle peut être en fait celui de son oppression et de son aliénation. Quelle est alors la meilleure organisation politique pour garantir la liberté de chacun ?

Oppositions conceptuelles : commerce avec les autres/commerce avec soi-même ; liberté ≠ libération ; liberté intérieure/liberté en actes, liberté politique ; homme libre (citoyen)/esclave ; autodétermination/statut d'homme libre ; indépendance (naturelle)/organisation politique (autonomie.

1ère partie : Remise en question de la tradition philosophique affirmant que la liberté intérieure ou le libre arbitre sont premiers. Il n'y a pas de liberté intérieure sans liberté extérieure, c'est-à-dire sans expérience, sans rapport au monde.
Il semble qu'on puisse affirmer que l'homme ne saurait rien de la liberté intérieure s'il n'avait d'abord expérimenté une liberté qui soit une réalité tangible dans le monde. Nous prenons conscience d'abord de la liberté ou de son contraire dans notre commerce avec d'autres, non dans le commerce avec nous-mêmes.


2ème partie : Liens chronologique puis logique entre les différentes étapes de la conscience de la liberté selon ses modes d'expression : la liberté comme statut, manière dont l'homme est devenu libre : en se libérant des nécessités de la vie.
Avant de devenir un attribut de la pensée ou une qualité de la volonté, la liberté a été comprise comme le statut de l'homme libre, qui lui permettrait de se déplacer, de sortir de son foyer, d'aller dans le monde et de rencontrer d'autres gens en actes et en paroles. Il est clair que cette liberté était précédée par la libération : pour être libre, l'homme doit s'être libéré des nécessités de la vie.


3ème partie : La libération de l'homme nécessite un espace politique. La libération est une condition nécessaire mais non suffisante au statut d'homme libre.
Mais le statut d'homme libre ne découlait pas automatiquement de l'acte de libération. Être libre exigeait, outre la simple libération, la compagnie d'autres hommes, dont la situation était la même, et demandait un espace public commun où les rencontrer un homme politiquement organisé, en d'autres termes, où chacun des hommes libres pût s'insérer par la parole et par l'action.


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