DS du jeudi 14 octobre 2010


Interrogez un homme tout à fait sans préjugés : voici à peu près en quels termes il s'exprimera au sujet de cette conscience immédiate que l'on prend si souvent pour garante d'un prétendu libre arbitre : « Je peux faire ce que je veux ; si je veux aller à gauche, je vais à gauche ; si je veux aller à droite, je vais à droite. Cela dépend uniquement de mon bon vouloir : je suis donc libre. » Un tel témoignage est certainement juste et véridique ; seulement il présuppose la liberté de la volonté et admet implicitement que la décision est déjà prise : la liberté de la décision elle-même ne peut donc nullement être établie par cette affirmation. Car il n'y est fait aucune mention de la dépendance ou de l'indépendance de la volonté au moment où elle se produit, mais seulement des conséquences de cet acte, une fois qu'il est accompli, ou, pour parler plus exactement, de la nécessité de sa réalisation en tant que mouvement corporel. C'est le sentiment intime qui est à la racine de ce témoignage qui seul fait considérer à l'homme naïf, c'est-à-dire sans éducation philosophique (ce qui n'empêche pas qu'un tel homme puisse être un grand savant dans d'autres branches), que le libre arbitre est un fait d'une certitude immédiate : en conséquence, il le proclame comme une vérité indubitable, et ne peut même pas se figurer que les philosophes soient sérieux quand ils le mettent en doute.

Arthur Schopenhauer (1788-1860)


Consignes de travail :
       1) Relever et analyser la fonction des connecteurs logiques ;
       2) Relever les concepts du texte et justifier ce choix (pour quelle raison ai-je décidé que tel terme ou telle locution est concept dans ce texte ?) ;
       3) Préciser le thème du texte ;
       4) Relever les oppositions conceptuelles ;
       5) Dégager l'idée principale du texte (la thèse) ;
       6) Énoncer la problématique (alternative donnant lieu à disputatio) ;
       7) Donner l'articulation logique du texte et justifier ce découpage.


Préparation de l'explication du texte.


Thème du texte : Dénonciation de l'illusion dont est victime la conscience quand elle attribue spontanément à la volonté tout ce qui pourrait en découler, sans s'interroger sur ce qui déterminerait la volonté elle-même. ⇒ remise en question du libre arbitre.

Thèse du texte : L'homme naïf confond la cause et la conséquence (référence à l'illusion de la liberté spinozienne : texte 5 et texte 6 de l'anthologie notionnelle sur la liberté). L'homme naïf présuppose la liberté de la volonté alors qu'elle est déterminée.

Problématique et enjeux : La volonté est-elle réellement le principe de nos actions ? (réflexion sur l'origine de nos actions et sur la possibilité d'une action libre) ⇒ comment penser la liberté ? L'homme est-il libre ? → Y a-t-il la possibilité de penser qu'un acte est libre sur le plan moral ? (Kant : tu dois donc tu peux).

Oppositions conceptuelles : conséquence/cause ; dépendance/indépendance ; doute/certitude immédiate ; homme naïf/philosophe.

1ère partie : mise en évidence de l'illusion du libre arbitre : témoignage de l'homme sans préjugés (ie bon sens de l'homme commun). Interrogez un homme tout à fait sans préjugés : voici à peu près en quels termes il s'exprimera au sujet de cette conscience immédiate que l'on prend si souvent pour garante d'un prétendu libre arbitre : « Je peux faire ce que je veux ; si je veux aller à gauche, je vais à gauche ; si je veux aller à droite, je vais à droite. Cela dépend uniquement de mon bon vouloir : je suis donc libre. »


2ème partie : explication de cette illusion : on se trompe sur la vraie cause de nos actions car elle présuppose en réalité ce qu'elle est censée prouver : la liberté de la volonté. Un tel témoignage est certainement juste et véridique ; seulement il présuppose la liberté de la volonté et admet implicitement que la décision est déjà prise : la liberté de la décision elle-même ne peut donc nullement être établie par cette affirmation. Car il n'y est fait aucune mention de la dépendance ou de l'indépendance de la volonté au moment où elle se produit, mais seulement des conséquences de cet acte, une fois qu'il est accompli, ou, pour parler plus exactement, de la nécessité de sa réalisation en tant que mouvement corporel.


3ème partie : découverte de l'origine de cette illusion qui réside dans le sentiment qui accompagne notre volonté. C'est le sentiment intime qui est à la racine de ce témoignage qui seul fait considérer à l'homme naïf, c'est-à-dire sans éducation philosophique (ce qui n'empêche pas qu'un tel homme puisse être un grand savant dans d'autres branches), que le libre arbitre est un fait d'une certitude immédiate : en conséquence, il le proclame comme une vérité indubitable, et ne peut même pas se figurer que les philosophes soient sérieux quand ils le mettent en doute.


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