DS du mercredi 24 novembre

Il n'y a pas de droit sans limites ; cela n'est pas possible, à moins que l'on ne se place dans l'état de liberté et de guerre, où l'on peut bien dire que l'on se donne tous les droits, mais où, aussi, l'on ne possède que ceux que l'on peut maintenir par sa propre force. Mais dès que l'on fait société avec d'autres, les droits des uns et des autres forment un système équilibré ; il n'est pas dit du tout que tous auront tous les droits possibles ; il est dit seulement que tous auront les mêmes droits ; et c'est cette égalité des droits qui est sans doute la forme de la justice ; car les circonstances ne permettent jamais d'établir un droit tout à fait sans restriction ; par exemple il n'est pas dit qu'on ne barrera pas une rue dans l'intérêt commun ; la justice exige seulement que la rue soit barrée aux mêmes conditions pour tout le monde. Donc je conçois bien que l'on revendique comme citoyen, et avec toute l'énergie que l'on voudra y mettre, un droit dont on voit que les autres citoyens ont la jouissance. Mais vouloir un droit sans limites, cela sonne mal.

Alain (1868-1951)


Consignes de travail :
       1) Relever et analyser la fonction des connecteurs logiques ;
       2) Relever les concepts du texte et justifier ce choix (pour quelle raison ai-je décidé que tel terme ou telle locution est concept dans ce texte ?) ;
       3) Préciser le thème du texte ;
       4) Relever les oppositions conceptuelles ;
       5) Dégager l'idée principale du texte (la thèse) ;
       6) Énoncer la problématique (alternative donnant lieu à disputatio) ;
       7) Donner l'articulation logique du texte et justifier ce découpage.


Corrigé : préparation de l'explication du texte.

Thème du texte : L'égalité des droits ⇒ les limites du droit.

Thèse du texte : Le droit garantit une égalité formelle entre les citoyens et pallie les inégalités de fait. Aussi les droits n'existent que dans une société qui fait régner la justice en limitant les possibilités de chacun ⇒ il n'y a pas de droit sans limites, chacun doit accepter de se restreindre afin que règne la justice.

Problématique et enjeux : Les droits se distinguent des capacités de fait, et renvoient toujours à des devoirs qui les garantissent (si j'ai le droit de circuler librement, par exemple, c'est qu'autrui a le devoir de respecter ma personne et qu'il lui est interdit de m'agresser). Le droit (ce qui devrait être) se distingue du fait (ce qui est) : penser un droit sans limites, c'est penser que le fait suffit à conférer un droit, or pouvoir, ça n'est pas encore avoir le droit. Le droit, rectifiant les faits, montre ce qui devrait être, mais comment garantir la légitimité de ce "ce qui devrait être" ? Y a-t-il nécessité d'une égalité entre les hommes, et dans l'affirmative, cette égalité ne demeure-t-elle pas un leurre, n'existant qu'en droit, mais jamais en fait (les lois n'étant rédigés que par — et pour ? — les puissants ; cf P-J Proudhon) ?

Oppositions conceptuelles : droit (→ société)/permission (→ individu) ; droit/devoir ; (égalité des) droits/(inégalités des) faits.

1ère partie : L'absence de lois semble permettre l'existence de droits illimités, mais chacun ne peut que ce que sa force lui permet ⇒ il n'y a ni droit ni justice.
Il n'y a pas de droit sans limites ; cela n'est pas possible, à moins que l'on ne se place dans l'état de liberté et de guerre, où l'on peut bien dire que l'on se donne tous les droits, mais où, aussi, l'on ne possède que ceux que l'on peut maintenir par sa propre force.


2ème partie : Les lois génèrent la possible coexistence pacifique des citoyens grâce à un système équilibré qui garantit le bien commun.
Mais dès que l'on fait société avec d'autres, les droits des uns et des autres forment un système équilibré ; il n'est pas dit du tout que tous auront tous les droits possibles ; il est dit seulement que tous auront les mêmes droits ; et c'est cette égalité des droits qui est sans doute la forme de la justice ; car les circonstances ne permettent jamais d'établir un droit tout à fait sans restriction ; par exemple il n'est pas dit qu'on ne barrera pas une rue dans l'intérêt commun ; la justice exige seulement que la rue soit barrée aux mêmes conditions pour tout le monde.


3ème partie : La révolte n'est légitime que quand elle dénonce des inégalités des droits.
Donc je conçois bien que l'on revendique comme citoyen, et avec toute l'énergie que l'on voudra y mettre, un droit dont on voit que les autres citoyens ont la jouissance. Mais vouloir un droit sans limites, cela sonne mal.

Retour page Accueil