DS du mardi 16 novembre

Il y a chez les hommes bien de la difficulté, bien de l'embarras quand il s'agit des choses extérieures. « Que vais-je faire ? Que peut-il advenir ? Quelle sera l'issue ? Pourvu que telle ou telle chose ne se rencontre ! » Tous ces mots sont ceux de gens qui s'attachent aux choses indépendantes de la volonté. Quel homme dit en effet : « Comment faire pour ne pas donner mon assentiment à l'erreur ? pour ne pas me détourner de la vérité ? » S'il est assez doué pour s'inquiéter de pareilles choses, je l'avertirai : « Pourquoi t'inquiéter ? Cela dépend de toi ; sois en sécurité ; ne te hâte pas de donner ton assentiment avant d'appliquer la règle naturelle. » S'il s'inquiète que ses désirs ne soient pas satisfaits et soient mis en échec, que ses aversions le fassent tomber sur l'objet détesté, d'abord je l'embrasserai parce qu'il a laissé de côté tout ce qui effraye les autres et toutes leurs craintes pour s'occuper de son activité propre, dans la région même où est son moi lui-même. Puis je lui dirai : « Si tu ne veux pas échouer dans tes désirs ni tomber sur ce que tu détestes, ne désire rien qui te soit étranger, ne cherche à éviter rien de ce qui ne dépend pas de toi. Sinon tu dois échouer et tomber sur les objets détestés ». Quelle difficulté là-dedans ? Où y a-t-il place pour ces phrases : « Que va-t-il survenir ? Quelle issue cela aura-t-il ? Pourvu que je ne rencontre pas ceci ou cela ! » ?

Epictète (50-130).


Consignes de travail :
       1) Relever et analyser la fonction des connecteurs logiques ;
       2) Relever les concepts du texte et justifier ce choix (pour quelle raison ai-je décidé que tel terme ou telle locution est concept dans ce texte ?) ;
       3) Préciser le thème du texte ;
       4) Relever les oppositions conceptuelles ;
       5) Dégager l'idée principale du texte (la thèse) ;
       6) Énoncer la problématique (alternative donnant lieu à disputatio) ;
       7) Donner l'articulation logique du texte et justifier ce découpage.


Corrigé : préparation de l'explication du texte.

Thème du texte : Comment atteindre la tranquillité (ataraxie), choix naturel du mode de vie stoïcien.

Thèse du texte : Il est nécessaire de réguler ses désirs en fonction de l'intimité : pour être heureux, il faut prendre le temps de la réflexion qui permet de distinguer ce qui dépend de nous de ce qui n'en dépend pas. Pour rester serein, l'indifférence à l'extérieur — qui n'est pas à la portée de la volonté — est amplement positive.

Problématique et enjeux : Si Épictète indique bel et bien une voie permettant d'accéder à la tranquillité d'esprit, il ne formule cependant pas ce qui la fonde : il faut en effet admettre qu'une telle vie heureuse est garantie par son harmonie avec la totalité du monde qui est organisé et équilibré de façon rationnelle, et globalement orienté vers le bien. Alors seulement la tendance initiale présente en chacun de nous nous invite à vivre le plus tranquillement possible. La morale ascétique stoïcienne repose, est la conséquence d'une telle métaphysique. Mais notre univers est-il ce cosmos harmonieux ?

Oppositions conceptuelles : erreur de la représentation extérieure/vérité de l'intime ; ce qui dépend de nous/ce qui ne dépend pas de nous ; homme inquiet/homme doué de faculté de raison → ataraxie ; urgence/prendre le temps

1ère partie : Vaine attitude des hommes inquiets préoccupés par ce qui leur est extérieur.
Il y a chez les hommes bien de la difficulté, bien de l'embarras quand il s'agit des choses extérieures. « Que vais-je faire ? Que peut-il advenir ? Quelle sera l'issue ? Pourvu que telle ou telle chose ne se rencontre ! » Tous ces mots sont ceux de gens qui s'attachent aux choses indépendantes de la volonté.


2ème partie : Sagesse de l'homme assez doué pour s'inquiéter de la vérité, et qui sait orienter ses désirs.
Quel homme dit en effet : « Comment faire pour ne pas donner mon assentiment à l'erreur ? pour ne pas me détourner de la vérité ? » S'il est assez doué pour s'inquiéter de pareilles choses, je l'avertirai : « Pourquoi t'inquiéter ? Cela dépend de toi ; sois en sécurité ; ne te hâte pas de donner ton assentiment avant d'appliquer la règle naturelle. » S'il s'inquiète que ses désirs ne soient pas satisfaits et soient mis en échec, que ses aversions le fassent tomber sur l'objet détesté, d'abord je l'embrasserai parce qu'il a laissé de côté tout ce qui effraye les autres et toutes leurs craintes pour s'occuper de son activité propre, dans la région même où est son moi lui-même.


3ème partie : Attitude harmonieuse avec le monde et sa raison : ne pas être esclave du monde, c'est définir un empire intérieur qui, certes, est limité, mais où le pouvoir exercé par l'individu est absolu. Enfreindre ces conseils aboutit de façon quasi automatique au souci et au malheur.
Puis je lui dirai : « Si tu ne veux pas échouer dans tes désirs ni tomber sur ce que tu détestes, ne désire rien qui te soit étranger, ne cherche à éviter rien de ce qui ne dépend pas de toi. Sinon tu dois échouer et tomber sur les objets détestés ». Quelle difficulté là-dedans ? Où y a-t-il place pour ces phrases : « Que va-t-il survenir ? Quelle issue cela aura-t-il ? Pourvu que je ne rencontre pas ceci ou cela ! » ?


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